Nos Histoires

Famille Laplanche (1936 – 2003)

Réunification du Domaine

Depuis près de 300 ans, le Clos Marey-Monge a été transmis d’une prestigieuse famille viticole à une autre. Mais avec la famille Laplanche, le vignoble s’est mis à prendre encore plus d’importance : c’est la muse qui a inspiré des idées visionnaires sur la condition humaine.

En mai 1926, Robert Detourbet a organisé une vente aux enchères pour le contenu du Château Micault, connu alors ; confusément ; comme le Château Marey-Monge. La vente exhiba une grande partie des anciens effets personnels de la famille Marey-Monge. Cela allait de la multitude d’armes militaires et d’armements de Guillaume-Stanislas ; acquises alors qu’il était en poste en Algérie et en Afrique du Nord ; aux antiquités égyptiennes, à la vaisselle de porcelaine et aux lustres en cristal.


Enchères de Detourbet : La vente de 1926 mit aux enchères les biens de la famille Marey-Monge au Château Micault

Six mois après la vente aux enchères, en novembre 1926 ; George d’Epinay, notable et militaire, acheta le château Micault, désormais vide. Le Château de Pommard venait, une fois de plus, de passer d’une famille française noble à une autre – la quatrième en trois siècles.

Pendant dix ans, George d’Epinay et sa jeune famille (y compris ses deux fils) résidèrent au Château Micault. La veuve Édith Marey-Monge, dont le mari Hérve De Blic était mort en 1924, vivait à 200 mètres, au Château Marey-Monge, avec sa fille célibataire, Aleth.


Maison familiale : La famille De Blic jouant dans la Cour Carrée, dans les années 1920

En 1936, Emmanuel De Blic ; le fils d’Hérve De Blic et Édith Marey-Monge ; et dernier enfant survivant de la dynastie Marey-Monge à Pommard, en eut assez de voyager entre le château patrimonial bien aimé de sa famille à Échalot et Pommard. Il décida de vendre la maison de ses parents, celle de son enfance, le Château Marey-Monge. Pour une majeure partie de l’année, Emmanuel séjourna à plein temps au domaine d’Échalot des De Blic. Après le décès d’Édith Marey-Monge en 1935, Emmanuel mis la résidence de sa mère en vente, ce qui mit fin au règne de 150 ans de la dynastie Marey-Monge à Pommard.

À l’annonce de la vente du Château Marey-Monge, le vigneron local Louis Laplanche et son épouse, Albertine ; tous deux de familles viticoles bourguignonnes ; sautèrent sur l’occasion d’acquérir un lieu de vinification si précieux et historique.


Laplanche Ainé : Louis et Albertine Laplanche s’installent au Château Marey-Monge, 1936-1944

En mars 1936, Louis acquiert les 19 hectares, 35 ares et deux mètres carrés du Château de Pommard. Louis Laplanche était propriétaire de la totalité du domaine. Sauf du Château Micault. Une réalité qui continuerait de mécontenter la famille Laplanche plus de trois décennies plus tard.

Pour la première fois en presque 300 ans d’histoire, en 1936, le vignoble et les installations de vinification apparaissaient sur les reçus d’achat entre Emmanuel De Blic et Louis Laplanche comme, « Château de Pommard », enfin. Le nom est resté, et nous en sommes ravis.

Valeur payable : Une facture découverte, datant de 1949

Emmanuel De Blic vendit à Louis Laplanche tous les bâtiments de vinification ; y compris les 14 foudres, ou cuves, de fermentation en bois ; qui ornent et décorent aujourd’hui notre Cour d’Honneur pavée. Tout était à vendre, sauf les meubles ; qui furent gardés par la famille De Blic ; qui réside aujourd’hui au Château Échalot de Philippe De Blic.


Coup de Foudre : Pigeage dans la cuverie, dans les années 1960. Les fûts en bois se trouvent aujourd’hui dans notre Cour d’Honneur

Entre 1936 et 1944, Louis Laplanche et Albertine ont continué à développer les atouts du Château de Pommard. Lorsque le couple a d’abord acheté l’entreprise vinicole (sauf le Château Micault), le plus jeune fils de Louis, Jean, n’avait que 12 ans. Pour Jean, le Château Marey-Monge était sa maison d’enfance. Il y passait ses étés à jouer avec son frère aîné, Georges-Louis, se cachant dans les vignes du Clos Marey-Monge, bien que le vignoble était alors appelé le Clos des 18 Hectares.

Au cours des 15 années qui suivirent, Jean grandit pour devenir l’un des théoriciens en psychanalyse les plus originaux et philosophiquement avancés de son époque. Acclamé pour la traduction de l’édition française définitive des travaux de Sigmund Freud (qu’il termina au Château Marey-Monge) ; une « fidèle infidélité » à Freud, comme il aimait à le dire. En 1961, Jean publia son premier ouvrage intitulé Hölderlinet la Question du père et l’admirable La langue de la Psychanalyse, publié en 1967. Au cours des quatre décennies suivantes, Jean écrivit et produit un nouvel ouvrage et allait enfin devenir un étudiant, et un ami, du célèbre psychanalyste Jacques Lacan, ainsi qu’un psychanalyste toujours plus visionnaire lui-même. La traduction anglaise des œuvres complètes de Jean a démarré en 2010.




Triptyques des vendanges : Cartes postales célèbres de la récolte devant le Château Marey-Monge, pendant les 40 ans d’intendance des Laplanche.

En 1944, huit ans après que Pommard ne soit l’un des premiers villages à obtenir l’appellation AOC, Jean et son frère Georges-Louis divisèrent leur héritage entre la cuverie et le vignoble, à la suite du décès de leur père, Louis. À l’époque, Jean était étudiant en philosophie à l’École Normale Supérieure ; à Paris ; et travaillait comme interne dans des hôpitaux psychiatriques à travers la capitale.

Malgré les envies de voyage de Jean dans l’esprit d’autrui ; et le temps passé à enseigner dans les universités de Paris, d’Harvard et de la Sorbonne ; le jeune Jean mourrait toujours d’envie de rentrer chez lui à Pommard au moment des vendanges, pour produire le vin avec son frère et sa mère. Jean désirait devenir un psychanalyste de renommée internationale ; mais il était incapable d’ignorer les années passées comme assistant vigneron de son père au vignoble. Pommard était son chez-lui ; le lieu qui le définissait.


Étiquette de Vin : Une étiquette de vin de l’époque de Jean – 1962

Durant 20 ans, les deux frères ont exploité ensemble le Château de Pommard. Jean et Georges-Louis produisaient le vin. L’épouse de Jean, Nadine, gérait le domaine, tout en supervisant la partie marketing et en accueillant les visiteurs. En effet, ce fut l’idée de Nadine de promouvoir le fruit du labeur comme étant « le seul vin au monde cultivé et mis en bouteille par un disciple de Jacques Lacan »


Un Coup de Cœur : Carte postale commerciale de Nadine Laplanche en 1988 

En 1950, Jean épousa Nadine Guillot, l’amour de sa vie, lors d’une cérémonie à Pommard. Il était âgé de 26 ans. Nadine, professeure de dessin, était âgée de 25 ans. Un grand nombre des peintures, croquis et dessins dont Nadine était l’auteure au cours de son séjour au Château de Pommard y sont encore enfermés en toute sécurité.


L’amour dans les Vignes : Jean et Nadine, à l’extérieur de la cuverie, vers 1960 

Tout au long des années 1960 ; entre l’écriture de ses livres ; Jean se baladait dans le vignoble, méditant ses pensées et taillant ses vignes. Le Clos Marey-Monge est peut-être le seul endroit au monde où des réflexions si importantes sur l’état psychanalytique de l’espèce humaine sont nées de pair avec du Pinot Noir de classe mondiale. « Nous sommes très attachés à ce domaine. C’est notre enfant, » écrit Jean en soulignant l’impact que le vignoble avait eu sur sa vie, une fois que lui et sa femme, Nadine, se retrouvèrent sans enfants.

La passion de Nadine et de Jean pour leur propriété, et le Clos, s’inspire de leurs prédécesseurs à Pommard : les familles Micault et Marey-Monge. Tout comme Nicolas-Joseph Marey-Monge avant lui, Jean était extrêmement attaché au vignoble et cherchait à réunifier le Château Marey-Monge avec son frère aîné, le Château Micault.

Nadine : Foudres de fermentation en bois, y compris la parcelle de Nadine dans la cuverie

En 1965, le désir de toute une vie de Jean devint réalité. Il réussit à réunifier les deux châteaux de Pommard avec la vigne pour la première fois depuis la Révolution française.

L’occasion se présenta pour Jean d’acheter le Château Micault (alors appelé Château d’Epinay) aux fils de George d’Epinay, qui avait acheté la propriété à Emmanuel De Blic en 1926. Moyennant une énorme dépense personnelle, Jean et Nadine achetèrent ensuite l’autre moitié du Château Marey-Monge à Georges-Louis. Le domaine était au complet. Jean et Nadine venaient d’accomplir ce que Nicolas-Joseph et Émilie Marey-Monge n’avaient pu accomplir en toute une vie.

Avec l’aide de six vignerons, Jean et Nadine supervisèrent la production de vin à partir du milieu des années 1960, jusqu’en 2003. Au cours de leur passage à conserver le Clos Marey-Monge, Jean supervisa de nombreux changements majeurs.

En 1968 ; deux ans après que Jean et Nadine aient acheté le Château Micault ; le couple se débarrassa du jardin à l’anglaise du XIXe siècle, qui avait été planté en face du Château Micault. Cela libéra un nouvel espace pour la plantation de vignes dans cette parcelle, aujourd’hui appelée Chantrerie.


Photo Parfaite : Croquis de Nadine Laplanche du jardin à l’anglaise de Micault

D’autres modifications d’envergure eurent lieu à la demande de Jean et Nadine. De 1942 à 1986, quatre des parcelles du Clos Marey-Monge furent replantées. Avec de nouveaux porte-greffes de Pinot Noir par Jean Laplanche lui-même : Paules Vielles en 1942, 75 rangs en 1962, Grand Champs en 1982 et (une partie de) Simone en 1986.


Récoltes avec Laplanche : Jean, à l’extérieur de la cuverie au cours des vendanges, vers 1960 

Alors que Jean et Nadine passaient la moitié de l’année à Paris, à enseigner, et l’autre moitié à Pommard ; les deux étaient dévoués et veillaient toujours à être présents à la récolte ainsi que lors de l’assemblage final du millésime. « Je vais dans la cuisine avec ma femme, et j’étale tous les échantillons sur le marbre, » écrivait Laplanche à propos de sa technique d’assemblage. « Nous goûtons et créons les assemblages juste-là, avant la mise en bouteille. Je fais un vin qui est lié aux hommes. Je fais des vins tanniques, longs en bouche, avec une fermentation de trois semaines. Le vin ne devient vraiment mon enfant qu’après sept ans. »


 Jean Laplanche : Jean dans la parcelle Chantrerie, plantée 18 ans avant sa naissance (1906) !

Plus tard dans leur vie, à la fin des années 80 et 90, Jean et Nadine vivraient exclusivement au Château Marey-Monge. Après une longue réflexion (rien d’étonnant pour un psychanalyste !), les Laplanche décidèrent de choisir un successeur. Ils étaient toujours en vie mais il fallait protéger et préserver leur patrimoine. Sans enfants à eux, c’est le cœur lourd qu’ils se résignèrent à l’idée qu’ils auraient à choisir quelqu’un d’extérieur à la famille. « Nous ne souhaitons pas que notre domaine soit assujetti aux aléas des ventes et des séparations. Nous préférons plutôt décider de l’avenir du domaine alors que nous sommes encore en vie », disait Nadine Laplanche. « Nous sommes très attachés à ce domaine. C’est notre enfant, et nous voulons que le domaine soit correctement géré après notre mort. »

En 2003, Jean et Nadine vendirent la totalité du Château de Pommard à la famille Giraud, de Haute-Savoie. Le contrat stipulait que les Laplanche étaient autorisés à vivre au Château Marey-Monge ; et à participer au processus de production viticole. « Nous venons de signer avec quelqu’un de cœur, amoureux de cette région, » indiquait Jean en 2003. « Je vais continuer à superviser la vinification pendant quelques années et me retirer de tout ce qui est administratif. Nous allons rester dans un des châteaux pendant qu’ils occupent le deuxième. Ce sera une cohabitation amicale et fructueuse. J’ai rencontré un homme qui ne manque pas d’enthousiasme, un entrepreneur qui a montré ses capacités en tant qu’homme d’affaires. Avec lui, je n’en ai aucun doute, le Château de Pommard deviendra l’un des fleurons du vin de Bourgogne, » dit Jean ; à propos de Maurice Giraud, patriarche de la famille Giraud.

Et donc, en 2003, une nouvelle page de l’histoire du Château de Pommard se tournait, doucement. Le chapitre suivant commençait.

À la maison : Jean Laplanche en psychanalyse au Château Marey-Monge

Au printemps 2010, Nadine décéda, à 85 ans, laissant Jean seul à Pommard. En dépit de cette disparition, Jean continua à travailler dans les vignes jusqu’à sa mort quelques jours avant son 88e anniversaire.

Étant l’un des gardiens les plus dévoués du Château de Pommard, il n’est nullement surprenant que Jean ait écrit une lettre d’amour poignante à son Pommard adorée maison ; peu avant sa mort en mai 2012. Celle-ci était ainsi rédigée :

« L’une des réussites qui compte le plus à mes yeux est d’avoir été en mesure de restaurer, en 1966, l’unité des bâtiments qui avait été défigurée par la vente partielle de 1789. Ma femme Nadine et moi-même avons dévoué toute notre énergie, notre sensibilité, et notre temps afin de redonner toute sa splendeur à l’ensemble impressionnant fondé par les Micault ».


Étiquette : Notre désormais célèbre étiquette de vin pour notre « petite » bouteille

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